Le Figaro , no. 18407
Le Figaro Entreprises, lundi 13 octobre 2003, p. 36

SOLUTIONS, AGIR

Entreprendre CETTE SOCIÉTÉ RACHÈTE VOS ACTIFS DÉVALUÉS... CONTRE PAIEMENT EN NATURE.
Efficio troque vos stocks

Mélanie DELATTRE

ARTICLES INVENDUS, capacités de production excédentaires, créances non recouvrées : tout chef d'entreprise se retrouve un jour avec des actifs qui ne lui rapportent rien, lui coûtent de l'argent, et qu'il ne peut céder à perte sous peine de se faire sanctionner par le marché ou par ses actionnaires. Ayant lui-même été confronté plus d'une fois à ce choix cornélien lors d'une vie professionnelle antérieure, Eric T'Scharner s'est inspiré des techniques de « trade finance », déjà utilisées outre-Atlantique par des sociétés telles que Compaq, Mattel, Goodyear ou encore Pepsico. La solution financière permet de sortir du cercle vicieux sans y laisser de plumes, et même en gagnant de nouveaux clients...

C'est de cette idée qu'est né, en 1995, Efficio. Aujourd'hui implantée à Paris et à Bruxelles, cette petite structure de 15 salariés rachète aux sociétés leurs actifs dépréciés. Non pas à prix bradé comme le ferait un soldeur, mais à leur pleine valeur comptable. Intervient ensuite le tour de passe-passe mis au point par notre financier belge. Au lieu d'être payé en numéraire, le vendeur reçoit l'équivalent de la somme convenue sous la forme de bons d'achat appelés « trade credits », qu'il va pouvoir utiliser pour financer partiellement une partie de ses dépenses prébudgétées. « L'idée n'est pas de pousser le client à engager des frais supplémentaires, explique Eric T'Scharner, mais de le faire dépenser chez nous l'argent qu'il aurait de toute façon dépensé ailleurs, en transport, en campagnes médias ou tout autre frais d'exploitation lié à son activité. »

Compagnies aériennes qui ne font pas le plein, groupes industriels dont les usines tournent au ralenti, exportateurs frappés par les crises géopolitiques : les victimes de la récession constituent un formidable vivier de clients pour Efficio, qui affiche d'ailleurs des résultats en progression constante depuis le 11 septembre.

Entre 2001 et 2002, le chiffre d'affaires de la société a progressé de plus de 10 %, atteignant, avec 3,35 millions d'euros, son meilleur niveau historique. « Et l'année 2003, annonce Eric T'Scharner, marquée par la guerre en Irak et l'épidémie de Sras, devrait être encore bien meilleure. »

Alors que certains de ses concurrents se contentent de proposer une liste de prestations parmi lesquelles le détenteur de « trade credits » va faire son choix, Efficio s'efforce de trouver pour chacun d'entre eux la contrepartie idéale. Dans un laps de temps court, et à des conditions équivalentes à celles obtenues auprès d'autres fournisseurs. Non seulement cette technique permet aux entreprises de ne pas perdre d'argent, mais elle a également l'avantage de leur ouvrir de nouvelles perspectives commerciales. Car contrairement à un déstockeur ordinaire, Eric T'Scharner s'engage contractuellement à préserver l'image des produits acquis et à ne pas entrer en conflit direct avec le réseau de vente de son client.

Ses 10 consultants sont là pour explorer de nouvelles niches de marché ou de nouvelles zones géographiques où écouler les produits. Les bouteilles de vin invendues d'un exportateur en difficulté aux États-Unis pourront, par exemple, être proposées à divers clients d'Efficio comme cadeaux de fin d'année, un créneau sur lequel l'exportateur n'était pas présent jusque-là.

Par cette opération, le vendeur se débarrasse d'un stock encombrant et recrée du cash-flow. De cette manière, les acheteurs utilisent à des fins utiles leurs « trade credits » tandis que Efficio, qui a acheté la marchandise à prix coûtant et la revend à un prix plus élevé, empoche le bénéfice : tout le monde est gagnant.

Philippe Pinckaers, directeur général de la société belge Exhibit international, l'un des leaders européens dans la réalisation de stands d'exposition, a testé une première fois la méthode pour la réalisation d'une créance de 25 000 euros. « Il était probable que nous allions devoir enregistrer une réduction de valeur importante, pour ne pas dire totale, sur cette créance, explique-t-il. Nous avons donc préféré la revendre à Efficio, qui l'a acquise à sa pleine valeur \csoit 25 000 euros en « trade credits »\s. La somme ainsi dégagée nous a permis de financer partiellement des frais liés à notre activité : voyages, hôtellerie, coursier, bureautique... »

De l'avis de ce professionnel, le système est un peu compliqué au début, notamment sur le plan comptable, mais il offre une réelle souplesse financière aux entreprises qui ont à affronter un effondrement conjoncturel de la demande.


Illustration(s) :

Eric T'Scharner. Sans bourse délier.
(DR.)


Catégorie : Économie
Sujet(s) uniforme(s) : Finances des entreprises
Sujets - Le Figaro : EFFICIO
Lieu(x) géographique(s) - Le Figaro : FRANCE; BELGIQUE
Type(s) d'article : ARTICLE, PHOTO
Taille : Moyen, 540 mots

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Doc. : news·20031013·LF·184073601ENTREPRISES